Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ?

Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ?

Il y a seulement quelques années, chaque travailleur ressemblait le plus souvent à n’importe quel autre.  Afin d’obtenir un emploi, il envoyait son CV en veillant à respecter scrupuleusement les codes en vigueur et s’efforçait de coller au profil recherché.  Pour maintenir son poste et faire carrière, il tâchait d’exécuter avec probité les missions que lui confiait l’employeur.  Dans tous les cas, le travailleur se « fondait » dans l’entreprise, en revêtant un profil commun et impersonnel.

Mais les temps changent… Autres temps, autres mœurs.  Le Personal branding remet en question les fondements classiques de la relation employeur/employé, et induit une « révolution copernicienne » du monde du travail (« Il ne s’agit plus, pour le travailleur, de se plier au moule de l’entreprise, mais plutôt d’offrir des services, avec un profil singulier », 2010, p. 45).  Car d’une manière générale, c’est l’individu, et non plus l’entreprise, qui devient le centre et le moteur du mécanisme.

Ce nouveau paradigme amène le travailleur à se distinguer, voire à se placer sous les projecteurs.  Ce qui, autrefois, aurait été une hérésie, devient aujourd’hui évident : à chaque individu correspond une marque !

Pour ce faire, le personal branding offre une panoplie d’outils :

Les outils du Personal Branding

Outils centrés sur l’identité (socle de base)

– Thème central

– Biographie

– e-CV

– Charte des missions et valeurs (personal mission statement)

– Message de marque (personal branding message)

Responsabilité sociale personnelle

– Références

Outils centrés sur la forme (présentation)

– Ébauche du style (brand design)

– Carte de visite

– Logo personnel

– Signature e-mail

– Site web personnel

– Brochure personnelle

– Narration (storrytelling)

– Slogan (tag line)

– Présentation flash (elevator pitch)

Outils de transmission (mise en pratique et exposition/validation)

– Portefeuille de compétences (portfolio)

– Blog professionnel

– Vidéo (CV vidéo, vlog, …)

– Exposé présentiel

– Publication

– Réseaux sociaux et microblogging

– Partage de fichiers (mediasharing)

Sortir du lot, s’écarter du commun des mortels, devenir unique, voilà ce que se donne pour objectif le personal branding.

Si l’on prend un instantané de la situation « avant » et « après » l’introduction de ce nouveau concept, voici les caractéristiques principales que l’on peut tracer pour dépeindre 2 paradigmes bien distincts :

Relation de travail « bureaucratique »

– Obéissance et alignement

– Identité fixe et dictée par l’entreprise

– Contenu de tâches prédéterminé (rôle prédéfini)

– Concept de compétence (standard)

– Stabilité / sécurité d’emploi

Personal de travail « intrapreneuriale »

– Empowerment (autonomisation / responsabilisation)

– Identité auto-gérée, multiple et mouvante

– Actualisation des motivations profondes du travailleur (rôle proposé)

– Concept de talent (unique)

– Employabilité

On le voit, un des effets positifs du personal branding serait de passer d’un état de conformité (indifférenciation généralisée) à une singularisation des individus.

Mais l’objectif sera-t-il atteint, lorsque tout le monde développera, peu ou prou, une marque personnelle ?  Ne remplacera-t-on pas tout simplement une conformité par une autre ?  …

En effet, imaginez-vous un monde où chaque nouvelle personnelle rencontrée vous aborde avec un elevator pitch polissé, diffuse sur sa propre chaîne vidéo, vous donne une carte de visite qui arbore un slogan percutant, ou dispose d’une biographie narrée comme un roman, … ?

La multiplicité des marques individuelles ne va-t-elle pas lasser, un  jour ou l’autre ?   À terme, le personal branding, victime de son succès, ne va-t-il pas, paradoxalement, fondre l’individu dans la masse ?

« Soumis à une stimulation sensorielle régulière, l’être humain a tendance à devenir sourd et aveugle aux événements qui l’entourent. Pour le sortir de sa douce léthargie, un changement inattendu doit survenir. » (Philippe Buschini, 2009, p.51).  Ce passage ne fait qu’illustrer l’effet d’habituation du cerveau : à force d’être soumis aux mêmes stimuli, l’individu n’y prête plus attention, voire ne les repère même plus.

Pour sortir de l’impasse, il est essentiel de considérer les outils du personal branding pour ce qu’ils sont… : des outils !, qui par ailleurs, ont été pensés par des initiateurs, mais rien ne vous empêche de créer les vôtres, faire preuve d’inventivité et quitter les sentiers battus.

Puisqu’il sera, à l’avenir, plus difficile de se démarquer sur la forme (outils de communication), c’est donc davantage le contenu qui sera le facteur déterminant pour faire prospérer votre marque.  Le vecteur de différenciation se basera sur l’essence même de votre identité, les produits que vous proposez, …, à savoir ce qui vous rend unique, voire indispensable.

Enfin, se distinguer, c’est suivre sa propre voie.   En matière de personal branding, on entend souvent « Il faut … » (être présent sur le net tous les jours, avoir son propre blog, …).  Ne pas céder à l’appel des « il faut », c’est affirmer sa personnalité.  Pour s’extraire de la conformité (but que poursuit, entre autres, le personal branding), peut-être est-il sage de faire preuve d’esprit critique face à ces nouvelles règles…  Créer son propre univers, en tracer les contours, ne se conformer à rien de préétabli, … est sans doute le moyen le plus efficace pour gagner en congruence et authenticité.

Article invité sur le Personal branding par Didier ERWOINE

Laisser un commentaire (17 comments jusqu'ici)

CommentLuv badge


  1. @O_WR
    6 years ago

    Le personal branding au service de l’authencité | MetroSapiens http://t.co/zRTPmyvs


  2. Liliane Gonzalez
    6 years ago

    superbe article !nle personnal branding ru00e9clame surtout une authenticitu00e9 pour qu’il ne ru00e9ponde pas u00e0 un effet de mode, ou00f9 en effet il serait facile de se chosifier, ou se robotiser pour ru00e9pondre u00e0 “il faut ” comme une belle mu00e9canique… ou00f9 l’image n’est plus qu’un instant clichu00e9


    • Didier Erwoine
      6 years ago

      Effectivement, tout discours plaquu00e9 ou action forcu00e9e se ressent d’une maniu00e8re ou d’une autre par le public. nC’est pour u00e7a qu’il ne sert u00e0 rien de “jouer” avec des outils avec lesquels on ne se sent pas u00e0 l’aise (par exemple, se filmer sur Youtube). nC’est comme une recette de cuisine, il s’agit d’opu00e9rer un choix parmi une su00e9rie d’aliments existants (mu00eame s’ils ont tous la ru00e9putation d’u00eatre excellents par ailleurs) et d’aboutir u00e0 un mets cohu00e9rent. Or, si tous les ingru00e9dients connus ou habituels u00e9taient systu00e9matiquement pru00e9sents dans les recettes, tous les plats s’apparenteraient indistinctement u00e0 de la ratatouille…


  3. @edayedream
    6 years ago

    excellent article à réflexion RTerwoinedidierDidier Erwoine
    Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ? http://t.co/x5bB66tk


  4. @O_WR
    6 years ago

    http://t.co/zRTPmyvs via @nathanael_ramos


  5. @Veronik_Mouhat
    6 years ago

    Le personal branding au service de l’authencité | MetroSapiens http://t.co/84YqC7x3


  6. Simon P G
    6 years ago

    Dure ru00e9alitu00e9, mais un peu dommage, self branding pour une progression dans un milieu compu00e9titif genre multinationale, O.K.; mais pourquoi pas ru00e9pliquer au self branding apr un team branding. “Notre u00e9quipe est la meilleure nous sommes unis dans la difficultu00e9 et dans l’effort, et partageons les fruits du succu00e8s”. Cela peut avoir du succu00e8s au sein d’une grande entreprise, cela peut mener au succu00e8s d’une PME, et cela a l’avantage de ne pas se valoriser au du00e9triment des autres mais en se pru00e9sentant comme complu00e9mentaires plusieurs individus peuvent se valoriser sans concurrence directe et en maintenant des relations humaines constructives.nQu’en pensez vous?


    • Didier Erwoine
      6 years ago

      Appliquu00e9 u00e0 une u00e9quipe entiu00e8re, cela devient du Corporate branding, qui existe du00e9ju00e0 par ailleurs. u00c0 l’u00e9poque, j’avais u00e9crit l’article “Concurrence vs. collaboration: quel rapport entre les marques personnelles ?” (http://personalbranding.be/2011/01/concurrence-vs-collaboration-quel-rapport-entre-les-marques-personnelles/). En principe, se valoriser n’implique pas que u00e7a se fasse au du00e9triment des autres (d’ailleurs si c’u00e9tait le cas, cela signerait un personal branding avec des assises faibles). Le but du personal branding est de trouver son unicitu00e9, or tout le monde est unique, donc pas de comparaison u00e0 faire. Et dans tous les cas, je suis u00e0 100% d’accord avec vous que le personal branding ne doit pas mener u00e0 une bataille sans merci. Le but est (ou en tout cas devrait u00eatre) de trouver sa voie et d’exprimer ce que l’on est.


    • Didier Erwoine
      6 years ago

  7. @AnthonyRochand
    6 years ago

    Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ? http://t.co/Md9KG92C


  8. @AnthonyRochand
    6 years ago

    Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ? http://t.co/jWMYdsL7


  9. @MelleLody
    6 years ago

    Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ? http://t.co/urhtylz7 via @nathanael_ramos


  10. @Nathanael_Ramos
    5 years ago

    Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ? http://t.co/163ffU7e


  11. @EcceLogo
    5 years ago

    Personal branding : nouvelles règles, nouvelle conformité ? http://t.co/unMYL0ng via @nathanael_ramos


  12. krischnel
    5 years ago

    je suis congolais et particulièrement intéressé par le personal branding que j’ai découvert par hasard sur le net. et depuis j effectue des recherches sur la question, puisque j ai un master en marketing j arrive facilement a faire des analogies entre les techniques marketing basiques et comment est ce qu on pourrait se vendre comme un produit à par entière. je dois dire aussi que chez moi le concept est totalement inconnu, et votre article me donne encore de la matière . Merci