Le nombre de Dunbar : pourquoi nous ne pouvons pas avoir plus de 150 amis

Le nombre de Dunbar appliqué aux médias sociaux: de combien d’amis avons-nous besoin ?

Personnellement, j’ai toujours su qu’il y avait une limite cognitive au nombre de personnes avec qui je peux entretenir des relations sociales suivies. Le fait que je sois en ligne ou hors ligne n’y change rien.

C’est un simple problème de maths, et pourtant, je pense que c’est un vrai pavé dans la mare qui aura des répercutions à travers tout le XXIe siècle. A terme, nous abandonnerons les réseaux sociaux pour réapprendre à tisser des liens durables et éthiques avec notre réseau.

Le nombre de Dunbar est le nombre maximum de personnes que quelqu’un connaît et avec qui il entretient un contact social, et qui n’inclue pas le nombre de personne que quelqu’un connaît personnellement mais avec qui la relation sociale est rompue, ou encore les vagues connaissances sans relation sociale persistante, nombre qui peut être beaucoup plus élevé et dépend surtout de la capacité de la mémoire à long terme. Le nombre de Dunbar a été proposé par l’anthropologue britannique Robin Dunbar, qui a théorisé le fait que cette limite est directement liée à la taille relative du néocortex, qui à son tour détermine la taille maximale d’un groupe d’individus… la limite imposée par la capacité du néocortex porte simplement sur le nombre d’individus avec qui une relation interpersonnelle stable peut être maintenue.

Le nombre de Dunbar appliqué aux médias sociaux.

Afin de comprendre comment (et pourquoi) la loi de Dunbar s’applique très bien aux médias sociaux, nous devons formuler les hypothèses basiques suivantes :

1. Il y a une quantité finie de temps dans chaque semaine.

2. À cause de nos obligations personnelles, professionnelles et familiales, la quantité de temps social disponible est bien inférieure à la quantité totale de temps dont nous disposons. Le temps social est la quantité de temps que chacun de nous en tant qu’individu choisit d’investir dans un “engagement social”, que ce soit des interactions en face à face, des appels téléphoniques, les emails, les textos, Facebook, Twitter, Google+, la discussion instantanée, etc.

3. Le degré d’attention que l’on donne à un autre être humain comporte effectivement un “continuum de qualité”. En d’autres termes, vous pouvez donner à quelqu’un toute votre attention ou vous pouvez “m’écouter” parler tout en lisant vos messages sur votre iPhone.Dans ce cas, vous ne me donneriez qu’une attention partielle. Pourquoi est-ce que l’attention est TRÈS importante ?

Pour ma petite fille  de 4 ans et demi qui vient de finir son cours de gymnastique, l’attention est probablement la chose la plus importante de toutes, à cet instant précis. “Tu vas vu comment je me suis débrouillée, hein Papa ?” Aucune réponse, parce que Papa est occupé à tapoter sur son iphone…” Tu as vu Papa ?”. Quelque chose de plus urgent que ma fille unique, distrait mon attention, et mon choix de prêter attention à cette interruption plutôt qu’à mon enfant envoie à ce dernier un message clair : cet appareil – ou ce qui s’affiche dessus – est plus important, (à cet instant), que son enfant. Est-ce vraiment le message que nous voulons envoyer à la prochaine génération ? Ces appareils et ces informations sont-ils plus important et urgent que les relations et les êtres humains ? Bien sûr, personne n’enverrait ce message délibérément. Mais, un jour ou l’autre, nous l’avons tous fait – moi y compris.

Pourquoi les médias sociaux entreront forcément en collision avec la loi de Dunbar

En fait, ils ne sont pas sur le point d’entrer en collision. L’impact a déjà eu lieu. Les retombées peuvent prendre des années ou des mois à se faire sentir pour certains, tandis que d’autres les ressentent déjà. Cet impact, c’est la réalité qui veut que, vu de l’extérieur, vous apparaissiez comme une personne très populaire, avec 5 000 amis, alors que vu de l’intérieur, vous pouvez compter le nombre de vos vraies relations sur les doigts d’une seule main. Il y a une nette différence entre amis et relations, et cette différence s’est étendue aux éléments sociaux des réseaux en ligne. Votre cercle d’amis est constitué de personnes qui répondent à l’appel quand vous les appelez. Ce sont ces personnes qui s’intéressent réellement à vous en tant qu’être humain, peu importe votre score sur Klout, peu importe votre valeur internet, peu importe votre influence ou l’influence qu’ils ont sur vous, peu importe le montant de votre compte en banque, peu importe ce que vous pouvez faire pour EUX. De récentes études ont montré (sans grande surprise) que le nombre de Dunbar, 150, s’applique bel et bien aux médias sociaux. En y réfléchissant bien, cela est très logique si l’on examine tous les éléments qui entre en jeu et leurs relations entre eux dans les médias sociaux : (T)temps,(A)ttention, (A)mis, (R)elations, (S)signal, (B)ruit, (P)pertinence, (IC)Intérêts Communs. Le nombre de Dunbar est supposé être une limite cognitive théorique au nombre de personnes avec qui quelqu’un peut maintenir des relations sociales stables. Ce sont des relations dans lesquelles un individu sait qui est chaque personne, et comment chaque personne est reliée à chaque autre personne. Les partisans de cette théorie affirment que des nombres plus grands que celui-ci requièrent généralement des règles, lois et normes plus restrictives afin de maintenir un groupe stable et cohérent. Aucune valeur précise n’a été proposée pour le nombre de Dunbar. Il est supposé se situer entre 100 et 230, mais la valeur sur laquelle on s’accorde communément est de 150.

Avant internet, il y avait une meilleure “qualité” d’interaction sociale entre moins de gens, des groupes plus restreints, le face à face représentant le plus haut degré de Qualité d’Engagement (QE) que quelqu’un puisse avoir avec un autre humain ou groupe d’humains. Le degré suivant de QE en descendant l’échelle de l’attention était (est) la conversation téléphonique. Tout comme il y a des degrés variés de qualité d’engagement, il doit aussi y avoir des degrés variés d’attention : Attention complète, Attention partielle, Attention infime, (c’est le mode d’attention que la plupart d’entre nous utilisent la plupart du temps, à moins que nous le modifiions délibérément).

Quand les maths entrent dans l’équation et se heurtent aux médias sociaux.

Comme exemple hypothétique, j’ai choisi d’investir une heure entière chaque jour, soit sept heures par semaine, dans ce que nous appellerons “l’entretien de mon réseau relationnel”: 420 minutes par semaine. 25 200 secondes. Alors qu’une bonne partie de ce temps “pourrait” être investie dans les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, la réalité est qu’au moins “un peu” de ce temps sera dépensé en textos, appels et discussions en face à face. De façon purement hypothétique, et étant donnée la prévalence et la popularité explosive des médias sociaux, appelons ce temps “Autres”, et estimons-le à un petit nombre – disons 10% ou 42 minutes par semaine. Restent donc 378 minutes par semaine pour l’entretien des relations via les réseaux sociaux.

Le mot à la mode: l’engagement social.

Je pense que depuis que les médias sociaux font le buzz, “l’engagement” est devenu le mot le plus racoleur (et le plus regrettable). Je dis “regrettable” parce que je pense que les médias sociaux ont été créés simplement comme un stratagème marketing. Il est regrettable que le terme soit resté, car je pense que le terme correct qui aurait dû être utilisé – qui devrait être utilisé – est “engagement social”, et non pas “médias”. Le mot médias implique une chaîne, un réseau, via lequel on peut vendre de la publicité, alors que l’engagement social est tellement plus que cela. Cela a toujours existé et cela existera toujours. Mais je m’éloigne du sujet… Si quelqu’un a tout juste 400 “amis”, que ce soit sur Twitter, Facebook ou encore LinkedIn, un calcul basique montre qu’il lui reste seulement 0,945 minutes par “ami” (56,7 secondes par personne par semaine) pour entretenir cette relation ou s’engager avec ses “amis”. Alors, est-ce juste moi, ou est-ce que le nombre de Dunbar, 150, est très pertinent lorsqu’on l’applique aux médias sociaux ? Est-ce que cela a du sens pour vous qu’il vous soit impossible d’entretenir – ou même d’établir – une relation avec quelqu’un en n’y consacrant que 56 secondes par semaine ? Je l’espère, dans l’intérêt de l’humanité.

Nous n’avons donc que deux choix :

1. Nous pouvons aller de l’avant, cracher le morceau et tout simplement admettre que les médias sociaux ne sont PAS du tout une question “d’engagement”. Si c’était le cas, cela s’appellerait du “speed-dating” et non des médias sociaux. C’est une question d’accroître les relations EXISTANTES et de rester au courant de ce que les gens AVEC QUI NOUS AVONS DÉJÀ DES RELATIONS PRÉEXISTANTES font, pensent, disent, lisent. Et si vous êtes d’accord avec cela, alors pourquoi acceptez-vous des invitations de personnes que vous ne connaissez pas ?

2. Nous pouvons appliquer la loi de Dunbar aux médias sociaux. C’est un processus que j’appelle la Simplification Délibérée, qui est un des chapitres du minimalisme numérique. La “Simplification Délibérée” implique de prendre des mesures délibérées afin de limiter le nombre de personnes dans vos cercles sociaux à 150 ou moins. Il s’agit d’un processus de soustraction, et non d’addition. Un processus d’élimination et de rejet, et non d’acceptation. Une processus du “non” par défaut, plutôt que du “oui”. Et bien sûr, un processus qui risque de froisser pas mal de gens. Vous n’en mourrez pas. En y réfléchissant bien, le sens commun dicterait le calcul que j’ai démontré plus haut. Plus vous avez de connexions, plus le fragment d’attention que chaque personne recevra de vous sera petit. Ce n’est pas sorcier. Ce ne sont que des maths simples. Le partage social et la loi de Mark Zuckerberg pour les investisseurs Facebook. Donc, étant donné qu’il y a une relation très distincte et corollaire entre la quantité de temps que l’on choisit d’investir dans les médias sociaux, le nombre “d’amis” que l’on a et la quantité d’attention que l’on peut donner à chacun, est-ce vraiment une bonne chose que la déclaration de Mark Zuckerberg comme quoi la quantité de partage social augmente de manière exponentielle ? Et si c’est une bonne chose, pour qui est-elle bonne ? Pour les investisseurs Facebook ? Pour Mark Zuckerberg ? Ou pour vous et moi en tant qu’individus ? Je soutiens que le partage social est effectivement une bonne chose. Il s’agit de comment nous trouvons de nouvelles choses, cela stimule l’engagement, agit comme un catalyseur de nouvelles idées, nous apporte des aperçus de choses que nous n’avions jamais vues avant à travers différents points de vue. Mais comme pour toute chose dans la vie, l’abus des bonnes choses est néfaste pour vous en tant qu’être humain. En tant qu’individu. Ratio Signal/Bruit : Pourquoi vous ne verrez jamais une application sur Facebook qui vous révèle qui ne s’engage PAS avec vous. Si vous êtes une personne qui aime partager beaucoup, je pense que c’est vraiment super. Une chose que vous n’entendrez probablement jamais Mark Zuckerberg mentionner cependant, c’est le terme de “bruit social”. Le bruit social est le fait que tout ne peut pas être toujours pertinent pour tout le monde. Par conséquent, il peut effectivement y avoir trop de partage social. À un certain moment, que vous le vouliez ou non, vous devenez un propagateur de bruit social. Si mon temps est limité – et croyez-moi, il est à la fois limité et plus précieux que de l’or – et si le partage social augmente de manière aussi exponentielle que Mark Zuckerberg le prétend, alors viendra le moment – peut-être pas si lointain que cela, peut-être que c’est déjà le cas – où le partage social sera perçu comme un “bruit” et non plus comme un “signal”. Si nous en tant qu’humains n’avons ni le temps ni l’attention nécessaires pour consommer tout ce qui est partagé, on peut considérer que le contenu qui est partagé diminue en valeur à mesure qu’il augmente en volume, en particulier s’il n’est ni vu ni lu. Ce qui se produit au final, c’est que nous en tant qu’individus nous retrouvons à faire du “grignotage social”, un processus qui consiste à ne prendre que des petites bouchées de ce flux continu d’informations, car c’est tout ce que nos fragments d’attention nous permettent. L’étude par Robin Dunbar des tailles de villages et de tribus tendent à confirmer sa valeur hypothétique, soit 150 pour la taille estimée d’un village fermier du néolithique, 150 pour la population maximale des communautés protestantes du Tyrol autrichien, au XVI°siècle, et environ 200 pour la moyenne haute pour les CSP+.

La vraie question que nous devons nous poser n’est pas: est-ce que notre nombre “d’amis” sur Facebook est assez grand, mais plutôt est-ce qu’il est assez petit. Car je soutiens que les vraies relations présentent un plus haut degré de qualité que ne le font nos “amis” sur les plateformes de réseaux sociaux.

Et si c’est effectivement le cas, alors l’algorithme de Klout n’est-il pas un peu bancal ? Mark Zuckerberg n’est-il pas dans l’erreur malgré la réussite de son business ? Est-ce qu’une augmentation du partage social est une augmentation du bruit social ? Est-ce que “moins” est en fait “plus” ? Est-ce que le minimalisme numérique et la simplification délibérée sont la bonne voie sur laquelle s’engager ? C’est ce que je pense.

Du coup, laissez-moi vous poser la question qui tue:

Qui allez-vous éliminer de votre réseau social ?

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Mots-clés : nombre de Dunbar, Mark Zuckerberg, marketing médias 2.0 recherche mobile réseaux sociaux.

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  1. Guy
    2 years ago

    Qu’en est-t-il des utilisateurs des réseaux sociaux à des fins professionnelles ?
    L’objectif étant d’accumuler le maximum de contacts comme clients potentiels, le nombre de Dunbar s’applique-t-il?


    • Nathanael
      2 years ago

      Bonjour Guy,
      Merci pour votre question.
      Le Nombre de Dunbar s’applique encore plus dans le monde de l’entreprise. Si vous êtes entrepreneur, votre objectif va être de développer votre chiffre d’affaire, vous optimisez vos efforts en soignant ce que j’appelle vos ambassadeurs: ceux qui vont parler de vous et de votre activité dans leur réseau respectif.