Devenez une figure de proue [Article invité de Didier Erwoine]

Dans son livre « Tribus » (2009), le célèbre marketeur décalé Seth Godin nous dépeint sa conception du leadership. Voyons comment cette notion de leadership est définie, et peut s’appliquer à chacun d’entre nous.

L’auteur utilise le mot « tribu » pour définir une communauté d’individus réunis autour d’une idée. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire au départ d’être un « expert reconnu » pour développer votre leadership. Il suffit de bien conceptualiser votre vision des choses et de la proposer à votre public. Le but n’est donc pas d’être « L’expert » dans un domaine, mais l’expert de votre idée, et c’est déjà un bon début.

Vivant dans des milieux qui s’accrochent au « statut quo », les gens sont en demande de nouveautés, et de manière générale, de changement. Une opportunité vous est donc offerte de valoriser une piste possible d’évolution, ou d’apporter une innovation. Un des besoins fondamentaux de l’être humain (définis par ailleurs par Abraham Maslow dans sa célèbre « pyramide des besoins »), est l’appartenance. Vous pouvez vous servir de ce besoin comme d’un levier : « Les êtres humains ne peuvent s’empêcher de rechercher une appartenance. L’un de nos mécanismes de survie le plus puissant est de faire partie d’une tribu, d’apporter notre contribution à un groupe dons nous partageons le point de vue (ou d’en tirer parti).

Nous sommes attirés par les leaders et leurs idées, et nous ne pouvons résister à l’appel d’une appartenance et à l’enthousiasme généré par la nouveauté » (p. 37). Détail important à noter : il n’y a pas d’un côté un groupe (minoritaire) de « leaders », et d’un autre côté un groupe (majoritaire) de « suiveurs ». La richesse du concept est que l’on peut cumuler les rôles : vous pouvez être leader pour votre projet, et suiveur d’une (ou plusieurs) tribu(s) dont vous partagez l’enthousiasme. Autrement dit, tout le monde peut être leader, et avoir sa place au soleil, sa juste place. Le meilleur moyen pour détecter l’ampleur de votre leadership est d’observer la manière dont vos idées créent un mouvement au sein de votre communauté. Si vous exposez un contenu et que votre public le réceptionne, vous vous donnez l’occasion de faire passer un message, mais s’il ne se passe rien d’autre, ce message va s’estomper. Si, a contrario, vous vous rendez compte que vos productions sont relayées, et qu’elles suscitent une participation auprès de vos interlocuteurs, c’est alors le signe de votre positionnement en tant que leader. L’erreur fréquente consiste à vouloir attirer le plus de membres dans sa « tribu ». Or, le nombre de membres qui vous suit ne détermine pas la force de votre leadership. Par contre, une méthode beaucoup plus pertinente consiste à renforcer les liens des membres du groupe, en facilitant leurs inter-communications. La force de cohésion d’un groupe ne se réduit pas à l’attachement de ses membres pour le leader. Les liens entre les différents membres du groupe sont également d’une importance capitale. Par exemple, si vous vous fournissez un contenu à votre public, sans possibilité d’interaction entre les membres, cela équivaudra à s’adresser individuellement à chaque membre (dans ce cas, on ne pourrait pas parler de « groupe », mais d’un agrégat de relations individuelles). Si au contraire, les membres ont l’occasion de se mettre en lien les uns avec les autres, à l’intérieur de votre tribu, tout échange productif (extension du réseau, naissance d’un partenariat, …) sera imputé à l’existence même de votre groupe. Vouloir jouer la carte de la « neutralité », en tentant d’atteindre le plus large public possible, n’est pas très efficace. Cibler un public précis, en leur communicant un message qui va les toucher particulièrement, est davantage porteur : « Vous n’avez pas besoin de pluralité, ni même de majorité. En fait, dans presque tous les cas, essayer de mener tout le monde revient à ne mener personne en particulier » (p. 127).

Il est à noter que dans la plupart des cas, vous serez confronté à des personnes réfractaires à votre vision des choses.

C’est tout à fait normal. Il existe toujours une résistance au changement : « Qu’il s’agisse de produits, de services, de choix de carrière – peu importe, les forces de la médiocrité vont se mettre en rang pour vous stopper » (p. 219). Mais ces individus-là ne font justement pas partie de votre public cible. Ne perdez pas votre temps à édulcorer votre message pour les séduire. Ce serait une démarche vaine : « Les grands leaders ne cherchent pas à contenter tout le monde. Les grands leaders ne diluent pas leur message pour agrandir un peu leur tribu. Non, ils savent qu’une tribu motivée, connectée dans le feu de l’action, est bien plus efficace que pourrait l’être un groupe plus important » (p. 130). Mettez tous vos efforts sur votre public, composé de personnes ouvertes au changement : « Vous ne pourrez pas faire évoluer votre carrière ou votre entreprise ou bien nourrir la tribu en recherchant la plupart des gens. La plupart des gens excellent vraiment dans leur capacité à ignorer les nouvelles tendances, les employés formidables ou les grandes idées » (p. 132). Imagineriez-vous mélanger une crème glacée à la fraise avec un tiramisu ? Je pense que cette mixture serait à peu près immangeable. Ces deux desserts sont pourtant excellents. Mais ils le sont justement parce des choix ont été fait au niveau des ingrédients. Les composants sont donc « orientés ». Pourquoi cette métaphore ? Pour illustrer le fait qu’altérer le contenu d’une idée lui enlève souvent de sa force. Cela ne signifie pas qu’une idée ne doive jamais être modifiée, ou qu’il ne soit pas nécessaire de rectifier le tir. Mais si vous êtes convaincu que votre conception est bonne, et représente un grand potentiel, n’acceptez pas d’en modifier la teneur : « Faire des compromis n’est pas drôle. C’est une habitude maligne, une pente glissante qui vous conduit à la médiocrité » (p. 147). « L’art du leadership, c’est de comprendre sur quoi on ne peut pas faire de compromis » (p. 147). Susciter le mouvement auprès de votre public passe par l’incitation à l’action. En effet, pour que vos cibles vous reconnaissent un mérite, il peut s’avérer nécessaire de dépasser le simple contenu instructif. Le nec plus ultra est d’illustrer vos propos par des applications concrètes. Par exemple, un blogueur peut écrire sur les difficultés du management d’équipe et rester descriptif. Mais il peut également aller plus loin, à savoir rendre son contenu vivant en donnant des pistes pour gérer une équipe de travailleurs. Dans l’engouement passionné des débuts, vous aurez peut-être envie que les choses bougent, et que le changement s’opère. Mais il faut du temps à un projet, une idée, un concept, … pour germer et prendre de l’envergure : « C’est un mythe de croire que le changement survient du jour au lendemain, que les bonnes solutions réussissent sur le marché immédiatement, ou que les grandes idées surgissent en un éclair. Ce n’est pas le cas. C’est toujours (ou en tout cas presque toujours) un phénomène graduel. Une goutte, une autre goutte, puis une autre » (p. 223). Par exemple, une idée peut se construire petit à petit, au gré des expériences, de la richesse des échanges et des recoupements d’informations. Cela sous-entend qu’il n’est pas judicieux d’attendre d’avoir une « illumination» pour se lancer. Développez votre idée, laissez-lui le temps de mûrir au sein des interactions de votre communauté, et elle portera ses fruits en temps voulu. Être un leader, oui, mais de quoi ? Il se peut que vous vous sentiez démunis dans votre inspiration. Un bon moyen pour parvenir à détacher un contenu différenciateur est tout simplement de décrire votre vision du monde : « Le secret du leadership est simple : faites ce en quoi vous croyez. Peignez un tableau du futur. Allez-y » (p. 191). Qu’il s’agisse de proposer un contenu totalement innovant, ou plus simplement de réécrire le monde tel que vous l’imaginez, dans tous les cas, il vous faudra tracer une vision claire (précise et spécifique), et avant tout être le leader de vos propres idées.

Cet article a été rédigé par Didier ERWOINE, diplômé en Psychologie clinique. Vous pouvez le suivre sur Twitter @erwoinedidier et en apprendre sur Didier sur http://about.me/erwoinedidier

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  1. @Nathanael_Ramos
    4 years ago

    Devenez une figure de proue [Article invité de Didier Erwoine] http://t.co/GI88yMTZ

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